Page:Gautier-Lopez - Regardez mais ne touchez pas.djvu/22

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instant !… c’est mon seul bonheur… Je n’ai jamais osé l’aborder… lui dire : je vous aime !… Non, jamais !… mon orgueil se révolte à l’idée d’être accueilli avec dédain !… Et quel espoir me reste-t-il ?… maintenant que dona Béatrix est la fiancée de ce don Melchior ?… maintenant surtout que ma tête est mise à prix, comme celle d’un félon et d’un traître ?… J’ai touché à la reine d’Espagne… c’est un crime de lèse-Majesté !… de haute trahison !… Le fiscal invoquera les vieux statuts de don Enrique le dolent et de don Pedro le justicier… et je mourrai !… mon sort devient inévitable… Comment parviendrais-je à sortir du parc d’Aranjuez ?… Les alguazils y sont répandus de tous côtés… Ah !… voici le jour qui tombe… je pourrai peut-être profiter de cette obscurité pour gagner quelque poterne, ou escalader les murs d’enceinte… Tentons un dernier effort… et que tous les saints de Castille me soient en aide !… (Il sort par la gauche ; au même instant Griselda arrive par le fond.)




Scène V.


GRISELDA, puis la REINE et BÉATRIX.

GRISELDA Par ici, m’a dit la reine ?… Elle l’a vu fuir par ici… Personne !… (La reine entre, donnant le bras à Béatrix.)



LA REINE.

Eh bien, Griselda ?


GRISELDA.

J’ai beau chercher, senora, je ne l’aperçois pas !


BÉATRIX.

Permettez-moi de faire observer à Votre Majesté que le jour baisse, et que nous sommes seules…


LA REINE.

Qu’importe !… si je me suis égarée, c’est à dessein… je vous l’avoue, Béatrix, j’avais une intention en me séparant du gros de la chasse… Une vague espérance de rencontrer le généreux inconnu qui n’a pas craint d’exposer sa vie pour moi… Oh ! je voudrais tant le revoir, le remercier !…


GRISELDA.

Et c’est vers cette partie du bois que votre Majesté l’a vu fuir, ce jeune héros ?…


LA REINE.

Il m’a semblé cela à travers mon évanouissement… Il ne s’en est allé, au risque de se faire prendre, que lorsque mes gens sont arrivés… Je me sens déjà ingrate de ne pas lui avoir témoigné ma reconnaissance… il peut croire que je l’abandonne dans son péril… cette pensée m’est pénible !… De par ma couronne de reine, je le sauverai, je le récompenserai !… je saurai bien le soustraire à cette