Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/130

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ses cheveux noirs, regarder un arbre, un point de vue où ses yeux se sont arrêtés, avoir quelque chose de commun avec lui, quelle ineffable jouissance, quel océan de secrètes extases !

À cette pensée, le cœur de Musidora dansait la tarentelle sous sa gorge libre de corset.

Les dandies mettaient leurs chevaux au galop pour voir la figure de cette duchesse inconnue traînée par un si merveilleux attelage, et plus d’un manqua de tomber à la renverse de stupeur admirative. ― Musidora, qui en tout autre temps eût été flattée de ses étonnements, n’y fit pas la moindre attention ; elle n’était plus coquette.

Une métamorphose s’était opérée en elle ; il ne restait plus rien de l’ancienne Musidora que le nom et la beauté. Et encore sa beauté n’avait plus le même caractère : jusque-là elle avait été spirituellement belle, elle était devenue passionnément belle.

L’on trouvera sans doute invraisemblable qu’un pareil changement ait lieu d’une manière si subite, et qu’un amour aussi violent se soit allumé à la suite d’une seule rencontre. À cela nous répondrons que rien n’a ordinairement l’air plus faux que le vrai, et que le faux a toujours des apparences très grandes de probabilité, attendu qu’il est arrangé, travaillé, combiné d’avance pour produire l’effet du vrai : ― le clinquant a plus l’air d’or que l’or lui-même.