Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/210

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« Encore, dit Soudja-Sari du ton impérieux d’un enfant gâté à qui l’on donnerait la lune s’il lui prenait fantaisie de la demander.

― Non, maîtresse, répondit Rima-Pahes, vous savez bien que Fortunio vous a défendu de fumer plus de six pipes. ― Et elle sortit en emportant la précieuse boîte d’or qui contenait le voluptueux poison.

― Méchante Rima-Pahes, qui m’emporte ma boîte d’opium ! J’aurais si bien voulu dormir jusqu’à ce que mon Fortunio revînt ! ― Du moins je l’aurais vu en rêve ! À quoi bon être éveillée et vivre quand il n’est pas là ? ― Jamais il n’est resté aussi longtemps en chasse. Que peut-il lui être arrivé ? Il a peut-être été mordu par un serpent ou blessé par un tigre.

― Très peu, dit Fortunio en soulevant la portière ; c’est moi qui mords les serpents et qui égratigne les tigres. »

Au son de cette voix bien connue, Soudja-Sari se leva debout sur son divan, se jeta dans les bras de Fortunio en faisant un mouvement pareil à celui d’un jeune lion éveillé en sursaut.

Elle passa ses deux mains autour du col de son amant, et se suspendit à sa bouche avec l’avidité enragée d’un voyageur qui vient de traverser le désert sans boire ; elle le pressait sur sa poitrine, se roulait autour de lui comme une couleuvre : elle aurait voulu l’envelopper de son corps et le toucher à la fois sur tous les points.