Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/211

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« Oh ! mon cher seigneur, dit-elle en s’asseyant sur ses genoux, si vous saviez comme j’ai souffert pendant votre absence et quelle peine j’ai eue pour vivre ! Vous m’aviez emporté mon âme dans votre dernier baiser, et vous ne m’aviez pas laisse la vôtre, méchant ! J’étais comme une morte, ou comme un corps pris de sommeil ; mes larmes seules, roulant en gouttes silencieuses le long de ma figure, faisaient voir que j’existais encore. Lorsque tu n’es pas là, ô Fortunio de mon cœur, il me semble que le soleil s’est éteint dans la solitude des cieux ; les lueurs les plus vives me paraissent noires comme des ombres ; tout est dépeuplé ; toi seul es la lumière, le mouvement et la vie ; hors de toi, rien n’existe : oh ! je voudrais me fondre et m’abîmer dans ton amour, je voudrais être toi pour te posséder plus entièrement !

― Cette petite fille s’exprime très bien dans son indostani ; c’est dommage qu’elle ne sache pas le français, elle écrirait des romans et ferait un bas-bleu très agréable, se dit Fortunio à lui-même en s’amusant à défaire les tresses de Soudja-Sari.

― Mon gracieux sultan veut-il prendre un sorbet, mâcher du bétel, ou boire de l’arack ? Préférerait-il du gingembre de la Chine confit, ou une noix muscade préparée ? dit la Javanaise en soulevant ses beaux yeux.

― Fais apporter toute la cuisine, ― j’ai la