Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/233

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au fond de leurs courtils sous leurs guirlandes de vigne vierge ou de houblon ; çà et là des flaques d’eau encadrées de vase brune papillotaient aux yeux comme les miroirs des pièges d’alouettes. Cependant le monstre de fonte éructait avec un bruit toujours croissant son haleine d’eau bouillante ; il sifflait comme un cachalot asthmatique, une sueur ardente couvrait ses flancs de bronze. — Il semblait se plaindre de la rapidité insensée de sa course et demander grâce à ses noirs postillons qui l’éperonnaient à grandes pelletées de tourbe. — Un bruit de tampons et de chaînes qui se heurtaient se fit entendre : on était arrivé.

Tiburce se mit à courir à droite et à gauche sans dessein arrêté, comme un lapin qu’on sortirait tout à coup de sa cage ; il prit la première rue qui se présenta à lui, puis une seconde, puis une troisième, et s’enfonça bravement au cœur de la vieille ville, cherchant le blond avec une ardeur digne des anciens chevaliers d’aventures.

Il vit une grande quantité de maisons peintes en gris de souris, en jaune serin, en vert céladon, en lilas clair, avec des toits en escalier, des pignons à volute, des portes à bossages vermiculés, à colonnes trapues, ornées de bracelets quadrangulaires comme celles du Luxembourg, des fenêtres renaissance à mailles de plomb, des mascarons, des poutres sculptées, et mille curieux