Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/269

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figure. Cette lettre était pour elle comme un certificat de beauté ; elle la rassurait sur elle-même et lui donnait un rang ; c’était le premier regard qui eût plongé dans sa modeste obscurité ; la modicité de sa fortune empêchait qu’on ne la recherchât. — Jusque-là on ne l’avait considérée que comme une enfant, Tiburce la sacrait jeune fille ; elle eut pour lui cette reconnaissance que la perle doit avoir pour le plongeur qui l’a découverte dans son écaille grossière sous le ténébreux manteau de l’Océan.

Ce premier effet passé, Gretchen éprouva une sensation bien connue de tous ceux dont l’enfance a été maintenue sévèrement, et qui n’ont jamais eu de secret ; la lettre la gênait comme un bloc de marbre, elle ne savait qu’en faire. Sa chambre ne lui paraissait pas avoir d’assez obscurs recoins, d’assez impénétrables cachettes pour la dérober aux yeux : elle la mit dans le bahut derrière une pile de linge ; mais au bout de quelques instants elle la retira ; la lettre flamboyait à travers les planches de l’armoire comme le microcosme du docteur Faust dans l’eau-forte de Rembrandt. Gretchen chercha un autre endroit plus sûr ; Barbara pouvait avoir besoin de serviettes ou de draps, et la trouver. — Elle prit une chaise, monta dessus et posa la lettre sur la corniche de son lit ; le papier lui brûlait les mains comme une plaque de fer rouge. — Barbara entra pour faire la chambre. — Gretchen, af-