Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/270

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fectant l’air le plus détaché du monde, se mit à sa place ordinaire, et reprit son travail de la veille ; mais à chaque pas que Barbara faisait du côté du lit, elle tombait dans des transes horribles, ses artères sifflaient dans ses tempes, la chaude sueur de l’angoisse lui perlait sur le front, ses doigts s’enchevêtraient dans les fils, il lui semblait qu’une main invisible lui serrât le cœur. — Barbara lui paraissait avoir une mine inquiète et soupçonneuse qui ne lui était pas habituelle. — Enfin la vieille sortit, un panier au bras, pour aller faire son marché. — La pauvre Gretchen respira et reprit sa lettre qu’elle serra dans sa poche ; mais bientôt elle la démangea ; les craquements du papier l’effrayaient, elle la mit dans sa gorge ; car c’est là que les femmes logent tout ce qui les embarrasse. — Un corset est une armoire sans clef, un arsenal complet de fleurs, de tresses de cheveux, de médaillons et d’épîtres sentimentales, une espèce de boîte aux lettres où l’on jette à la poste toute la correspondance du cœur.

Pourquoi donc Gretchen ne brûlait-elle pas ce chiffon de papier insignifiant qui lui causait une si vive terreur ? D’abord Gretchen n’avait pas encore éprouvé de sa vie une si poignante émotion ; elle était à la fois effrayée et ravie ; — puis dites-nous pourquoi les amants s’obstinent à ne pas détruire les lettres qui, plus tard, peuvent les faire découvrir et causer leur perte ?