Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/271

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C’est qu’une lettre est une âme visible ; c’est que la passion a traversé de son fluide électrique cette vaine feuille et lui a communiqué la vie. Brûler une lettre, c’est faire un meurtre moral ; dans les cendres d’une correspondance anéantie il y a toujours quelques parcelles de deux âmes.

Gretchen garda donc sa lettre dans le pli de son corset, à côté d’une petite croix d’or bien étonnée de se trouver en voisinage d’un billet d’amour.

En jeune homme bien appris, Tiburce laissa le temps à sa déclaration d’opérer. Il fit le mort et ne reparut plus dans la rue Kipdorp. Gretchen commençait à s’inquiéter, lorsqu’un beau matin elle aperçut dans le treillage de la fenêtre un magnifique bouquet de fleurs exotiques. — Tiburce avait passé par là, c’était sa carte de visite.

Ce bouquet fit beaucoup de plaisir à la jeune ouvrière, qui s’était accoutumée à l’idée de Tiburce, et dont l’amour-propre était secrètement choqué du peu d’empressement qu’il avait montré après un si chaud début ; elle prit la gerbe de fleurs, remplit d’eau un de ses jolis pots de Saxe rehaussés de dessins bleus, délia les tiges et les mit tremper pour les conserver plus longtemps. — Elle fit, à cette occasion, le premier mensonge de sa vie, en disant à Barbara que ce bouquet était un présent d’une dame chez qui