Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/285

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moi ce regard si velouté et si éclatant à la fois ; — pécheresse, aie pitié d’une folle passion, toi à qui l’amour a ouvert les portes du ciel ; descends de ton cadre, redresse-toi dans ta longue jupe de satin vert ; car il y a longtemps que tu es agenouillée devant le sublime gibet ; — les saintes femmes garderont bien le corps sans toi et suffiront à la veillée funèbre.

« Viens, viens, Madeleine ; tu n’as pas versé toutes tes buires de parfums sur les pieds du Maître céleste, il doit rester assez de nard et de cinname au fond du vase d’onyx pour redonner leur lustre à tes cheveux souillés par la cendre de la pénitence. Tu auras comme autrefois des unions de perles, des pages nègres et des couvertures de pourpre de Sidon. Viens, Madeleine ; quoique tu sois morte il y a deux mille ans, j’ai assez de jeunesse et d’ardeur pour ranimer ta poussière. – Ah ! spectre de beauté, que je te tienne une minute entre mes bras, et que je meure ! »

Un soupir étouffé, faible et doux comme le gémissement d’une colombe blessée à mort, résonna tristement dans l’air. — Tiburce crut que la Madeleine lui avait répondu.

C’était Gretchen qui, cachée derrière un pilier, avait tout vu, tout entendu, tout compris. Quelque chose s’était rompu dans son cœur : — elle n’était pas aimée.

Le soir, Tiburce vint la voir ; il était pâle et