Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/286

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défait. Gretchen avait une blancheur de cire. L’émotion du matin avait fait tomber les couleurs de ses joues, comme la poudre des ailes d’un papillon.

« Je pars demain pour Paris ; — veux-tu venir avec moi ?

— À Paris et ailleurs ; où vous voudrez, répondit Gretchen, en qui toute volonté semblait éteinte ; — ne serai-je pas malheureuse partout ? »

Tiburce lui lança un coup d’œil clair et profond.

« Venez demain matin, je serai prête ; je vous ai donné mon cœur et ma vie. — Disposez de votre servante. »

Elle alla avec Tiburce aux Armes du Brabant pour l’aider dans ses préparatifs de départ ; elle lui rangea ses livres, son linge et ses gravures, puis elle revint à sa petite chambre de la rue Kipdorp ; elle ne se coucha pas et se jeta tout habillée sur son lit.

Une invincible mélancolie s’était emparée de son âme ; tout semblait attristé autour d’elle : les bouquets étaient fanés dans leur cornet de verre bleu, la lampe grésillait et jetait des lueurs intermittentes et pâles ; le christ d’ivoire inclinait sa tête désespérée sur sa poitrine, et le buis bénit prenait des airs de cyprès trempé dans l’eau lustrale.

La petite vierge de sa petite chambre la re-