Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/31

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de la coupe, puis se retira d’un air craintif et se tint à quelque distance, debout sur un pied, comme un héron dans un marais, attendant l’événement avec une sorte d’anxiété respectueuse.

Le brave Fortunio tarit l’immense cratère avec une facilité qui prouvait de longues et patientes études sur la manière de humer le piot, comme dirait maître Alcofribas Nasier.

« Maintenant, messieurs, je suis au pair ; j’ai rattrapé le temps perdu, et nous pouvons souper tranquillement. Vous aurez peut-être cru que j’étais venu tard de peur de boire, et vous aurez conçu sur mes mœurs les plus horribles soupçons. Maintenant je dois être dans votre esprit aussi pur qu’un agneau de trois mois ou qu’une pensionnaire qui va faire sa première communion.

― Oh ! oui, dit Alfred, innocent et vertueux comme un voleur qu’on mène pendre. »

La prétention que Fortunio avait étalée de souper tranquillement était vraiment exorbitante, et rien au monde n’était plus impossible assurément. Jupiter serait descendu par le plafond avec son aigle et ses carreaux, que l’on n’y aurait fait aucune attention.

Musidora est à peu près la seule qui ait sa raison ; la présence de Fortunio l’a fait sortir de sa torpeur de marmotte ; elle est maintenant aussi éveillée qu’une couleuvre que l’on aurait