Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/116

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Son esprit n’était pas moins lucide ni moins prompt que son coup d’œil, et elle répondait sans hésiter à toutes les questions qu’on lui posait.

— Quel est, à ton avis, l’homme le plus digne d’estime ? lui demande-t-on un jour.

— C’est, répondit Hind, l’homme beau de visage, bien fait de corps, à la jambe haute et fine, au col fier, à l’allure légère et vive, l’homme intelligent et généreux qui se charge avec plaisir des intérêts des autres, à qui l’on demande et qui ne demande jamais, dont la table est ouverte à tous et qui ne court jamais à celle des autres, qui ramène la paix parmi ses frères et ne suscite jamais de querelle.

— Et quel est le pire des hommes ?

— C’est l’homme sans barbe, court, ramassé, à la démarche lourde, le dormeur insatiable qui se repose sur les autres du soin de ses affaires, dont le bras est sans forces, mais qui lève toujours le fouet sur les inférieurs, l’homme sans morale, inutile et désœuvré, celui que nul n’écoute, auquel nul obéit.