Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/127

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mon père et demandez-lui qu’il m’accorde la permission de faire un pèlerinage à la Mecque.

Les amis s’acquittèrent des messages et, le prince ayant accédé au désir de son fils, Keïs partit aussitôt pour le saint lieu ; plusieurs soldats l’accompagnèrent, et, secrètement, le prince son père le suivit.

Lorsqu’il fut arrivé au terme du long et pénible voyage, Keis se prosterna et commença à haute voix sa prière, avec un tel accent de ferveur et de désespoir, que tous les pèlerins qui priaient aussi se turent et l’écoutèrent.

— Ô Dieu puissant ! gémissait-il, je suis écrasé sous ma douleur comme un moucheron sous un rocher, et cependant je vis pour endurer des tortures inouïes. Si tu ne dois pas enlever de dessus ma poitrine le poids qui l’oppresse, retire-moi de ce monde, car l’enfer même est préférable à une pareille vie. Mon âme est brisée en mille débris, qui tous souffrent et hurlent ; n’entendras-tu pas cette plainte, plus affreuse que celle des damnés ? laisseras-tu dans une telle torture l’œuvre de tes mains ?