Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/129

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— Oh ! mon fils infortuné, s’écria-t-il, tant que le père de Leïla vivra, Leïla est perdue pour toi !

Keïs fut comme un arbre frappé de la foudre, qui demeure debout bien que la sève soit réduite en cendres ; il se tint longtemps à la même place, les yeux hagards, ayant toute l’apparence d’un fou ; puis, soudain, comme une gazelle blessée qui emporte avec elle la flèche mortelle, il s’enfuit dans le désert.

Bien des mois s’écoulèrent, sans apporter aucun soulagement à ses douleurs ; il errait dans les plaines, sur les monts, dans les déserts, vivant de racines, fuyant la société des hommes. On ne le désignait plus que sous le nom de Medjnoun (l’Insensé).

Un jour, le jeune et puissant prince de Naufel passa près de Keïs, en revenant de la chasse, et fut attendri par cette profonde douleur.

— N’est-il donc aucun remède à ta souffrance ? lui dit-il, l’espoir est-il donc tout à fait mort dans ton cœur ?

Keïs secoua la tête avec accablement.