Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/131

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plaindre et me comprendre. Avec un cœur sain et entier, ô mes amies, vous ne saurez jamais combien le mien est malade et déchiré. À quoi bon parler des abeilles à ceux qui n’ont pas senti leur piqûre ? Mais au moins, n’allez pas comparer l’amour qui me dévore à d’autres amours frivoles ; les amours des autres sont comme du sel que l’on tient dans la main, et moi, le sel est répandu sur mes plaies vives.

Keïs, brisé par l’émotion, s’était laissé tomber à genoux à l’entrée de la tente.

— Allah ! s’écria-t-il, tous mes désirs tendaient vers ma bien-aimée ; son absence était pour moi comme une flamme dévorante, et voici qu’au moment de la revoir, les forces me manquent et je tremble de peur.

En entendant cette voix, Leïla poussa un cri et sortit aussitôt. Elle entraîna Keïs dans sa tente, et tous deux se laissèrent tomber sur les coussins, étouffés par l’émotion, incapables de dire une parole, ne songeant plus à se plaindre de leurs souffrances passées, de la dureté du sort.