Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/169

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— Qu’est-ce encore ? dit le khalife en prêtant l’oreille.

Les cris s’échappaient à travers le moucharabi d’une élégante maison.

— C’est une voix de femme, dit Abd-Allah.

— Au milieu de ses larmes elle parle, dit Akim. Une femme parle toujours.

Ils écoutèrent.

— Ah ! donnez-moi du vin, que je puisse étouffer ma douleur dans l’ivresse, en perdant l’esprit et le souvenir ! je vis dans les flammes d’un bûcher, mon cœur est un brasier qui me dévore, éteignez-le avec du vin, puisque Nazare, fils de Hadjadj, le seul baume qui me rafraîchirait, n’est pas auprès de moi. Je suis ivre, ivre d’amour, pour le plus beau des hommes. Hélas ! avoir vu son visage divin et ne plus le voir, c’est comme être plongée dans un cachot sans jour après avoir vu le soleil. Ah ! être aimée de Nazare, c’est avoir sur terre sa part de paradis !

— Qui donc habite cette maison ? demanda le khalife à un passant.