Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/204

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



C’est cela, surtout, qui blesse la reine, cette folie, cette passion ; elle sait bien que la première vertu d’une épouse est la résignation, et elle n’en est plus à compter les caprices amoureux du khalife : mais celui-là l’irrite plus que tout autre. Elle ne peut vraiment s’y accoutumer.

Mais voilà qu’elle se repent d’y avoir songé ; elle a eu trop de distractions, et tout à coup le khalife, frappant vivement une pièce sur l’échiquier, s’écrie :

— J’ai gagné !

C’est vrai, la partie est perdue, Zobeïde est forcée de s’avouer vaincue.

— Au moins, soyez généreux, mon seigneur, soupire-t-elle.

Mais Haroun-el-Raschid est d’humeur taquine, il a un sourire qui ne promet rien de bon.

— J’userai de mon droit, dit-il, tu es à ma discrétion, je ne te ménagerai pas.

— Hélas ! J’attends votre arrêt, maître, dit-elle.