Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/247

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orchestres, jouant nos chefs-d’œuvre, les premières fois entendus, ne produisaient, à leurs oreilles, que d’affreux aboiements de chiens.

Les arts, comme les dieux, peut-être, n’existent que pour leurs fidèles et ne sont compris que par eux.

Mais l’attention des spectateurs est attirée d’un autre côté, l’orchestre se tait. Les danseuses arrivent, froissant de leurs pieds nus le gravier mouvant des allées ; elles grimpent lestement l’échelle de bambous et apparaissent sur l’estrade.

Au premier coup d’œil, leur parenté avec l’hindoustan brahmanique est de toute évidence : on les dirait échappées de quelque bas-relief d’un temple de Mahabalipour. Elles sont Musulmanes, probablement, puisqu’elles appartiennent au sultan de Djogyakarta ; mais leurs superstitions secrètes ont des attaches plus lointaines, et, comme beaucoup des habitants de Java, elles doivent être persuadées qu’elles descendent du dieu Vichnou. Elles ont raison, elles en descendent, en effet.