Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/281

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Elle, la rôdeuse solitaire, qui ne voulait plus d’autre compagnie que celle des beautés de la nature, avait remarqué cet enclos désert, mais mieux fermé qu’il ne paraissait l’être. Elle s’était acharnée à vouloir y pénétrer, en avait fait le tour cent fois, ramenée à lui par un singulier attrait, jusqu’au jour où elle avait découvert enfin, et agrandi à son usage, une brèche, commencée par quelque bête des bois.

À l’intérieur, ce jardin était un fouillis merveilleux, une exubérance folle des fleurs les plus rares ; c’était un poème incomparable, qui l’avait enivrée longtemps ; mais il y avait une énigme sous ses fleurs, et elle s’était efforcée de la lire ! Tout ce désordre, toute cette liberté de la végétation, étaient artificiels ; aucun jardin n’était mieux tenu que celui-là ; elle n’avait pas tardé à le découvrir. Il y avait des trouées, ménageant d’admirables échappées de vue, qui semblaient dues au hasard, et pourtant toute branche qui venait les obstruer tombait sous des ciseaux invisibles ; les lianes étaient retenues par des fils de soie ;