Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/285

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traits déjà flétris de la grande poétesse, lui rendait tout entière cette beauté, si parfaite qu’elle devait encore être citée bien des siècles plus tard, comme incomparable et unique ; ce charme divin que — suicide étrange ! — elle détruisait volontairement.

Nari-Hira, soulevé sur une main, la contemplait, avec une stupeur mêlée d’extase, tandis que sa compagne effrayée se cachait le visage.

— Va-t’en ! va-t’en ! méchant spectre, criait-elle, que veux-tu de nous ? que viens-tu faire ici ?

— Tu es bien pressée de me savoir au pays des ombres, dit Komati, mais rassure-toi, Isako-Tamoura, je ne suis pas un fantôme ; bien que morte pour tous, je suis parmi les vivants, et n’ai rien de surnaturel.

— Alors, pourquoi es-tu là ? dit Isako, prise de colère ; toi, cruelle et froide statue, de quel droit viens-tu nous surprendre ? Quelle perfidie médites-tu pour nous perdre ?… Viens-tu pour railler ma faiblesse, orgueilleuse, qui n’as jamais aimé ? Est-ce que tu peux comprendre,