Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/300

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un visage souriant, il souffrait en secret : le ver était dans le fruit, le soupçon rongeait son bonheur. Il eût voulu à la fois être mort et vivant, pour savoir ce que valait l’amour de sa femme. Cent fois par jour il se demandait : Me pleurerait-elle ? attendrait-elle la fin de son deuil pour prendre un autre mari ?

Cette préoccupation constante troubla sa santé et bientôt l’altéra gravement. Un jour, en rentrant d’une longue promenade, il se dit très mal à son aise et prit le lit.

Rapidement la maladie s’aggrava, les médecins déclarèrent bientôt que le philosophe était perdu. Céleste ne quittait pas ses côtés et versait d’abondantes larmes.

— Il va donc falloir nous quitter ! disait Tchouan-Tse, jure-moi, au moins, pour m’adoucir le chagrin du départ, que tu ne donneras pas ton cœur à un autre homme, avant que mon tertre funéraire ne soit séché.

— Je jure que, si je peux te survivre, je ne me remarierai jamais ! cria Céleste à travers les sanglots.