Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/304

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écru, sans couture ni ourlet. Elle se fit faire, dans le vestibule, un lit d’herbes sèches, avec une brique pour oreiller ; et elle se préparait à s’y coucher, sans souper, lorsqu’un bruit se fit entendre hors de la maison : des piaffements de chevaux, des coups frappés sur la porte extérieure.

La jeune veuve, très effrayée, envoya un serviteur s’informer de ce que c’était.

Le serviteur revint bientôt, suivi d’un beau jeune homme, qui entra si brusquement derrière lui, que Céleste n’eut pas le temps de s’enfuir ni de se cacher le visage derrière sa manche. Elle poussa un petit cri de pudeur et se recula jusqu’à l’escalier ; mais le nouveau venu ne sembla pas s’apercevoir de son trouble.

— Est-il possible que mon bien-aimé maître ait quitté ce monde ! s’écria-t-il avec l’accent d’un profond désespoir. Quoi ! il m’écrit de venir le voir dans sa retraite ; aussitôt son invitation reçue, je me mets en route, et voilà ce qui m’attendait à l’arrivée ! Hélas ! hélas ! suis-je assez malheureux !