Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/307

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— Ce serait folie de refuser, dit Li-Tiu, après un moment d’hésitation, car nos chevaux sont incapables de faire un li de plus ; mais je ne serai pas assez cruel pour apaiser ma faim quand vous êtes, vous, contrainte à jeûner. Je ne toucherai au repas que si vous le partagez avec moi.

— Ah ! seigneur, cela serait tout à fait contraire aux rites.

— Eh bien ! je veux jeûner avec vous.

On venait d’apporter les mets et Céleste, qui mourait de faim, défaillait à leur odeur. Elle n’y put tenir.

— Par égard pour votre appétit, dit-elle, je prendrai un peu de riz. Mais comme il se réglait sur elle il fallut bien qu’elle touchât à tous les plats et, sans le vouloir, elle mangea à sa faim.

La nuit, sur le lit d’herbe sèche où elle s’était couchée, sans dénouer sa ceinture, la brique, qui tenait lieu d’oreiller, lui meurtrissant le cou, elle ne dormit pas un seul instant et, au lieu de l’époux défunt qu’elle évo-