Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/324

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


contenus font grincer le métal de l’habit guerrier sur la poitrine du vieux chef. Il ne se trompe pas : ces beaux yeux qu’il contemple ont un éclat étrange, une scintillation de diamant qui n’est pas naturelle.

— Tu pleures, Ominah ? dit-il tout à coup.

L’adolescent relève brusquement la frange rayonnante de ses longs cils mouillés.

— Général, dit-il, où est mon père ?

— Chut ! enfant, parle plus bas. Ton père, l’infortuné bey de Kachgar, ne figurera pas au triomphe de l’empereur. Par amour pour toi, j’ai trahi mes devoirs, je l’ai fait passer pour mort, puis j’ai favorisé sa fuite. Il reverra sa patrie.

— Qu’Allah te rende au centuple tous ces bienfaits !

— Si tu voulais sourire un peu, je serais largement récompensé.

— Sourire ! s’écrie le jeune homme avec une amère torsion des lèvres ; j’ai froid au cœur : d’affreux pressentiments m’oppressent.

À ce moment, des cris éclatent au dehors.