Page:Gautier - Isoline et la Fleur Serpent, Charavay frères, 1882.djvu/159

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un fauve. Lorsqu’il mit le pied sur l’escalier d’eau, je m’élançai, le saisissant d’une main à la gorge pour arrêter tout cri au passage, et de l’autre main, d’un seul coup, lui plongeant le poignard jusqu’au cœur.

« Ah ! il faut bien qu’aucune haine n’égale celle qui a l’amour pour cause, car moi, qui n’aurais pu, sans m’évanouir, égorger un agneau, je n’éprouvai nulle horreur, nulle pitié ; mais une joie féroce, une rage à peine assouvie.

« Le ciel orageux était très sombre, la nuit épaisse ; cependant mon ennemi dut voir par qui il mourait, car je penchai longtemps mon visage sur son agonie, sans prononcer un mot, sans que ma main crispée laissât échapper un râle des lèvres du mourant… »

— « Tu n’as fait que me devancer, Leone, s’écria Claudia qui, haletante, buvait les paroles de son époux ; je l’aurais tué le soir des noces ! »

Leone, dont le récit m’avait comme changé en statue, jeta sur moi un regard de triomphe. Sa femme, pour l’absoudre, n’avait pas eu une seconde d’hésitation, et ce pardon-là lui suffisait, il la serra contre son cœur et continua d’une voix plus ferme :