Page:Gautier - Isoline et la Fleur Serpent, Charavay frères, 1882.djvu/160

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« Je me relevai quand tout tressaillement de vie eut cessé. Je poussai alors un large soupir, je respirai avec un indicible soulagement. Ce qui avait fait mes nuits pleines d’angoisse, cette pensée sous laquelle je me tordais de rage et de désespoir, elle était morte à jamais : — Claudia à lui ! — Jamais ces mots ne pouvaient se joindre maintenant, j’en étais enfin délivré ; ils s’éparpillaient, désunis, à tous les souffles de cette nuit tumultueuse. Châtiment, séparation, la bien-aimée perdue pour moi, ces tortures étaient préférables à celle qui venait de me faire grâce. Cependant j’étais bien résolu à cacher le mieux possible ce que les hommes appelleraient mon crime, à en profiter complètement, et je ne négligeai aucune précaution.

« Je me souvenais, et c’était plutôt un souvenir gardé par mon œil que par ma mémoire, d’une brouette, au coin d’une allée, et dans cette brouette, jetée et comme oubliée, une bêche et un râteau. J’avais vu cela en arrivant au furtif rendez-vous que nous croyions le dernier. Si cet outil par hasard n’était plus là, ma situation se compliquait. Je courus vers l’allée, et, dans ma