Page:Gautier - Isoline et la Fleur Serpent, Charavay frères, 1882.djvu/161

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précipitation, je heurtai la brouette dont les instruments tombèrent avec un bruit qui m’effraya.

« Je m’étais rapproché de la maison. Je regardai vers elle comme malgré moi : tout était éteint au rez-de-chaussée, plusieurs fenêtres du premier étage brillaient encore ; je cherchai celles de Claudia. Pauvre amie ! Je la devinais abîmée dans les larmes, se tordant les mains, maudissant le sort, et j’eus envie d’aller lui jeter une parole d’espérance ; mais je résistai à ce désir, il fallait qu’elle ignorât tout, qu’aucune peur ne pût venir troubler son bonheur.

« Je revins vers le mort et je le traînai dans l’angle du pilier, là où l’ombre s’amassait avec le plus d’intensité. Puis je rajustai mes vêtements, que la lutte muette avec mon rival avait dérangés ; je pris son paletot tombé à terre et je l’endossai. Je descendis alors rapidement l’escalier.

« Ce paletot était tout à fait particulier et reconnaissable : c’était un manteau de voyage, ample, avec une ceinture lâche qui se boutonnait à la taille ; il était d’une couleur noisette claire et parsemé de larges boutons en os. — J’étais à peu près de même stature que le comte, et ma barbe