Page:Gautier - Isoline et la Fleur Serpent, Charavay frères, 1882.djvu/163

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autre : cela arriverait-il ? Les fanaux du navire éclairaient confusément ; il y avait sur la passerelle, reliant le bateau au quai, ce brouhaha, ce va et-vient spécial à la dernière heure d’un départ. Je m’avançai bravement, enveloppé de la fumée de mon cigare. Comme je l’avais espéré, Martino vint droit au paletot en soulevant sa casquette.

— « Je craignais que monsieur le comte n’arrivât trop tard, dit-il.

« Je répondis par un grognement quelconque en serrant mon cigare entre les dents pour mieux masquer la voix.

« — J’ai retenu une très bonne cabine, continua-t-il, les bagages de monsieur le comte y sont déjà : voici les clés.

« — Bon ! murmurai-je, voyons la cabine.

« Martino descendit devant moi, et je le suivis. C’était là une grave imprudence, car l’entre-pont était brillamment éclairé et un moment je crus tout perdu. Mais j’eus le temps de tirer mon mouchoir et d’y plonger mon visage, au moment où la lampe l’éclairait en plein et tandis que le domestique s’effaçait devant moi pour me laisser entrer dans la cabine. Je m’arrangeai pour lui