Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/114

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L’ORIENT.

le bâtiment lui-même, qu’un pavillon d’un jaune malade, hissé au grand mât, avertit d’éviter.

Il n’y a rien de plus contrariant que d’être en vue de terre et de n’y pouvoir descendre ; c’est une variété du supplice de Tantale oubliée dans l’enfer. Heureusement j’avais déjà visité Syra à mon premier voyage, et ma curiosité était modérée sur ce point. Je passai tranquillement la journée à fumer appuyé sur le bastingage, regardant la ville crayeuse étagée en amphithéâtre, le mouvement du port et les navires en construction dans les calles ; sous cette lumière éclatante et à cette distance, on distinguait aisément les détails des maison : et les accidents de terrain de la fauve montagne à laquelle s’applique ce blanc triangle.

Quoique le temps fût très-beau en apparence, un reste de houle balançait sur ses deux ancres le magnifique bateau à vapeur l’Imperatore, un des plus puissants de la flotte du Lloyd Austriaco ; par le ciel le plus beau et le soleil le plus brillant, un vent du nord-est nous avait pris en flanc