Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/106

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— Malheureusement, j’ai plus de femmes qu’il n’est nécessaire et toutes sont pour le moins aussi jolies que celle-ci. Ma maison est au complet.

— Je verrai ailleurs, dit le vieillard en faisant mine de s’en aller.

— Ne te presse pas tant, dit l’homme, si tes prétentions ne sont pas exorbitantes nous pourrons nous entendre.

— Il lui fit signe de le suivre dans la salle à l’entrée de laquelle il se tenait ; cette salle qui donnait sur un jardin était déserte.

— Que sait-elle faire la fillette, voyons ? dit l’affreux louche.

— Elle sait broder, elle sait chanter et jouer de plusieurs instruments ; elle peut même composer un quatrain.

— Ah ! ah ! est-ce bien vrai ? et quel prix en veux-tu ?

— Quatre kobangs.

L’aubergiste allait s’écrier « Pas plus », mais il se retint.

— C’est ce que j’allais t’offrir, dit-il.

— Eh bien, c’est convenu, dit le vieillard ; je te la loue pour tout ce que tu voudras en faire pendant l’espace de vingt années.

L’acheteur se hâta d’aller chercher un rouleau de papier et des pinceaux ; il rédigea le traité que le vieillard signa sans hésiter.

La jeune fille gardait une attitude de statue, elle ne jeta pas un regard au vieillard qui feignait d’essuyer une larme en empochant les kobangs.

Avant de sortir, il se pencha vers l’oreille de l’aubergiste et lui dit :

— Défie-toi d’elle, surveille-la, elle cherchera à s’échapper.