Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/266

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— Mon pauvre Sado ! murmurait-il, dévoué jusqu’à la mort, tu l’avais dit !

Hiéyas, le front penché, regardait avec avidité cette tête sur ses genoux.

— C’est lui ! c’est lui ! disait-il, il est vaincu enfin, il est mort, celui qui m’a si souvent insulté et qui toujours échappait à ma vengeance ! Oui, tu es là immobile, effrayant, toi que les femmes suivaient du regard en soupirant, que les hommes enviaient tout bas et s’efforçaient d’imiter. Tu es plus pâle encore que de coutume, et malgré l’expression méprisante que tes traits gardent encore, tu ne mépriseras plus personne, ton regard ne se heurtera plus au mien comme un glaive contre un glaive, tu ne te mettras plus en travers de mon chemin. Tu étais un noble cœur, un grand esprit, je l’avoue, par malheur tu n’as pas su comprendre combien mes projets étaient désintéressés et utiles au pays. Tu t’es dévoué à une cause perdue, et j’ai dû te briser.

— Vraiment ! murmura Raïden.

Le messager raconta comment la capture du prince, et son exécution, avaient eu lieu.

— On l’a désarmé ! s’écria Hiéyas on ne lui a pas permis de se donner la mort lui-même.

— Non, seigneur, il a été décapité vivant, et jusqu’au moment où sa tête est tombée il n’a cessé d’insulter son vainqueur.

— Toza est un serviteur zélé, dit Hiéyas avec une nuance d’ironie.

— C’est un infâme murmura le prince de Nagato, et il expiera durement son crime. Je te vengerai brave Sado.

— Comme c’est froid, la mort ! dit Hiéyas dont les mains se glaçaient au contact de cette chair pâle, et