Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/270

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— Ce camp est mal gardé d’ailleurs, dit le prince, l’entreprise peut réussir, l’obscurité nous dérobera aux yeux de nos ennemis, le bruit du vent agitant les feuilles empêchera d’entendre le bruit de nos pas. Nous passerons peut-être. Une seule chose me chagrine, c’est que nous n’ayons pas le temps de dérober la tête du brave serviteur qui est mort pour moi, afin de l’ensevelir avec le respect qu’il mérite.

— Quelle tête ? demanda Loo tout bas à Raïden.

— Je te dirai ce que j’en sais, chuchota le matelot.

— Séparons-nous, dit le prince, nous avons plus de chance un à un d’être inaperçus ; si nous devons nous retrouver ce sera de l’autre côté du bois. Que les Kamis nous protègent !

Les matelots se dispersèrent. L’obscurité étant profonde, ils disparurent brusquement.

Loo était resté à côté de Raïden, il l’interrogeait sur tout ce qu’il avait vu dans le camp. Lorsqu’il en sut assez, l’enfant s’échappa et courut devant.

Il avait un projet, il en avait même deux depuis qu’il connaissait l’aventure de la tête coupée : il voulait dérober cette tête, ensuite se venger de l’incendie des barques. Pour lui, pénétrer dans le camp sans être vu n’était qu’un jeu : il avait la marche silencieuse des chats ; il savait bondir, se glisser, se couler à plat ventre sans faire remuer une herbe ; il n’eût pas éveillé un chien de garde.

Les lumières du camp le guidaient ; il courait droit vers la lisière du bois ; il voulait entrer le premier.

Il arriva presque sur la sentinelle sans la voir ; il se jeta à plat ventre : elle ne le vit pas ; dès qu’elle fut passée, il passa.

— J’y suis, dit-il, en se glissant dans un fourré ; le plus difficile est fait.