Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/66

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il dépassa les faubourgs et gravit une petite côte.

Il jeta alors un dernier regard sur cette ville si chère à son cœur. Elle était enveloppée d’une brume lumineuse, rousse au milieu des lueurs bleues, que la lune jetait sur les montagnes qui l’environnent. Sur les pentes, entre les arbres, quelques toits de pagodes brillaient comme des miroirs. Le chrysanthème doré, qui surmonte la porte du Daïri, avait accroché un rayon et semblait une étoile suspendue au-dessus de la ville. Mais tout disparut derrière le pli du terrain ; la dernière rumeur de Kioto s’éteignit.

Le prince poussa un soupir, puis, excitant son cheval, il s’élança comme une flèche à travers la campagne.

Il dépassa plusieurs villages, groupés au bord du chemin, et, au bout d’une heure, il atteignait Yodo. Il traversa la ville sans ralentir sa course et passa devant un château, dont les hautes tours étaient pleinement éclairées par la lune et dont l’eau des fossés luisait.

Ce château appartenait à Yodogimi, la mère du siogoun ; il était habité alors par un favori de cette princesse, le général Harounaga.

— J’ai peu de confiance dans la valeur du beau guerrier qui dort derrière ces remparts, murmura le prince, en jetant un coup d’œil au château silencieux.

Un instant plus tard il galopait à travers un champ de riz.

De tous côtés la lune se mirait dans des mares d’eau, desquelles s’élevaient les minces épis. La rizière ressemblait à un vaste étang ; de fines brumes blanches flottaient çà et là par nappe, tout près du sol, et quelques grands buffles noirs, couchés moitié dans l’eau, dormaient paisiblement.

Nagato ralentit l’allure de son cheval qui haletait ;