Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/67

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bientôt il lui jeta la bride sur le cou, et, baissant la tête, il se plongea, de nouveau dans sa tyrannique rêverie. Le cheval se mit au pas, et le prince, absorbé, le laissa marcher à sa guise.

Nagato revoyait les salles brillantes du palais et la souveraine s’avançant vers lui ; il croyait entendre encore le frisson des étoffes autour d’elle.

— Ah ! s’écria-t-il tout à coup, cette lettre qui a effleuré son sein, elle s’appuie sur mon cœur à présent et me brûle.

Il tira vivement la lettre de sa poitrine.

— Hélas il faudra me séparer de cette relique inestimable, murmura-t-il.

Soudain il y appuya ses lèvres. Le contact de cette douce étoffe, le parfum connu qui en émanait firent courir un frisson ardent dans les veines du prince. Il ferma les yeux, envahi par une délicieuse langueur.

Un hennissement inquiet de son cheval le tira de son extase.

Il replongea la missive royale dans son sein et regarda autour de lui. À une cinquantaine de pas en avant, un groupe d’arbres jetait son ombre en travers de la route. Nagato crut voir quelque chose remuer dans cette ombre. Il saisit la pique, attachée à sa selle, et poussa son cheval qui bronchait et n’avançait qu’à regret.

Bientôt le prince n’eut plus de doutes : des hommes armés l’attendaient là au passage.

— Comment, encore ! s’écria-t-il. Le régent tient décidément beaucoup à se débarrasser de moi.

— Cette fois, il ne te manquera pas, répondit l’un des assassina en lançant son cheval vers le prince.

— Tu ne me tiens pas encore, dit Nagato en faisant faire un écart à sa monture.