Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/118

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sortes de questions, puis me demanda si j’aimais les bonbons : « Oh ! oui, ceux en chocolat surtout ». Justement il y avait chez lui énormément de chocolat, je n’avais qu’à venir avec lui, il m’en donnerait tant que je voudrais. « Où ? chez lui », tout près, à deux pas. Mais je connaissais les rares maisons, et ce monsieur n’était certainement pas de nos voisins.

On m’avait raconté une aventure, arrivée à Rodolpho, qui m’avait beaucoup impressionnée. Très joli enfant, avec ses grands yeux bleus et ses longues boucles blondes, il avait été volé par des saltimbanques, et retrouvé, seulement, après plusieurs jours de recherches éperdues.

— Si la police n’avait pas découvert les voleurs, à cette heure-ci, Rodolpho danserait sur la corde raide, et ses parents ne l’auraient jamais revu », disait tante Lili.

Je regardais le monsieur en dessous : je n’étais pas dupe de sa tenue correcte ni de sa chaîne d’or : c’était certainement un saltimbanque déguisé, et j’avais le sentiment que je courais un sérieux danger. Il m’avait pris la main et essayait de me tirer en arrière. La route de Châtillon était déserte, le crépuscule tombait, il aurait très bien pu m’empoigner de force et m’emporter. Je jugeais prudent de ne pas le brusquer.