Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/119

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— Je veux bien venir chercher les bonbons, lui-dis-je, mais d’abord il faut que faille coucher ma grande poupée.

Il fallait l’emmener avec moi, il lui donnerait un lit bien plus beau que celui qu’elle avait et je n’aurais qu’à choisir parmi tous les joujoux du monde.

— Non, non, je ne la sors jamais le soir, elle pourrait s’enrhumer.

Je marchais toujours, et c’était moi qui le tirais, car il ne lâchait pas ma main. Nous n’étions plus très loin de la maison. Tout à coup j’aperçus le père Rigolet descendant les marches du seuil.

— Tenez, je reviens tout de suite, je vais donner ma poupée à ce vieux-là, qui est mon ami…

D’une brusque secousse, je dégageai ma main et je me mis à courir, en criant :

— Père Rigolet ! Père Rigolet !…

Je savais bien qu’il ne pouvait pas m’entendre, le pauvre canonnier ; mais le saltimbanque, qui m’avait fait si peur, ne savait pas, lui… En effet, il s’arrêta net, et quand, arrivé à la porte, je me retournai, je vis qu’il avait traversé la chaussée.

Les tantes, qui d’ordinaire ne prêtaient pas grande attention à mes histoires, parurent terrifiées de celle-là. Elles me défendirent d’en