Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/159

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mouvement pour me lever. La religieuse crut que je voulais réciter :

— Je ne vous interroge pas, mon enfant, dit-elle, vous n’avez pas eu le temps d’apprendre la leçon.

— Mais si, madame, je la sais…

« Madame !… » Toutes les élèves se tordaient de rire.

Des coups de règle précipités sur le bord de la table, leur imposèrent silence.

— Appelez-moi : ma Mère, et dites ce que vous avez pu retenir.

Je récitai la leçon, presque mot à mot, ce qui me valut plusieurs petits bouts de papier bleu. Ma voisine m’expliqua que c’était des bons points, et qu’il fallait les garder précieusement, parce qu’ils servaient à racheter les punitions.

— Tu es bien heureuse, ajouta-t-elle, moi, je n’en ai pas du tout.

Je ne sentais guère mon bonheur. Je ne pouvais croire qu’il me faudrait rester dans cette prison, où tout était laid, où chaque mouvement était surveillé, où il fallait se taire quand on avait envie de parler, et rester assis quand on aurait voulu courir.

La récréation du soir me fut particulièrement pénible, dans cette cour sans air et sans horizon, entre ces bâtiments gris, qui faisaient la nuit plus tôt. J’avais le cœur et la gorge ser-