Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/22

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C’était une dame âgée, tout en noir, avec un bonnet à coques et des mitaines.

Lentement, elle tournait autour de la pelouse, s’arrêtant de ci de là, pour couper une fleur fanée, ou ramasser une feuille sèche ; puis elle remontait les deux marches, s’enfonçait dans la baie obscure et la porte se refermait.

Toujours je l’observais, du coin de la fenêtre, avec beaucoup d’intérêt ; impressionnée par ma nourrice, je subissais le prestige. Un travail compliqué se faisait aussi dans ma tête ; sans doute, on avait tâché de me faire comprendre ce qu’était d’être riche ou pauvre, de posséder un jardin, des maisons, un chat jaune, ou de ne rien posséder du tout. On m’avait expliqué à quoi servait l’argent et que l’on était malheureux quand on en avait trop peu. Ce qui résulta pour moi de ce nouvel aperçu de la vie c’est la compréhension douloureuse que ma nourrice était pauvre.

La preuve que j’avais surtout compris cela est écrite dans ma mémoire par un incident moral, pour ainsi dire, que je fus seule à connaître.

Ce devait être l’hiver, car il faisait nuit déjà et les boutiques s’allumaient. Nous revenions, probablement d’une visite à mes parents, mais je ne m’en souviens pas, tout est obscur autour