Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/255

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lait les lire tous, ou n’en lire aucun. Paul et Virginie lui paraissait être le livre le plus dangereux qui fût au monde, pour de jeunes imaginations. Il se souvenait de l’émotion brûlante qu’il avait éprouvée, lui-même, en le lisant, et qui n’avait été égalée, plus tard, par aucune autre impression de lecture.

Donc, la bibliothèque était ouverte devant nous, et, comme aucune défense n’en barrait l’approche, nous étions, peut-être, moins curieuses d’y fouiller.

Un jour, cependant, après avoir longtemps considéré les titres, je m’emparai d’un volume : c’était Le Rouge et le Noir, de Stendhal. Je n’avais pas choisi sans réflexion, ce titre me semblait devoir annoncer l’histoire de deux diablotins, l’un rouge et l’autre noir, et cela promettait d’être amusant. Je fus un peu déçue par les premiers chapitres, mais, sans être rebutée, et je poursuivis ma lecture, sans enthousiasme, mais sans ennui. Un passage du livre me troubla spécialement, celui où l’héroïne de la première partie, dans ses remords d’avoir trompé son mari, attribue à sa faute la maladie de ses enfants. Tromper son mari ne me représentait rien de particulier, mais j’étais surprise au dernier point, d’apprendre que cette chose inconnue rendait les enfants malades. Je me disais, non sans inquiétude :