Page:Gautier - Le Collier des jours.djvu/258

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.





LX




Bien que, depuis ma sortie du couvent, l’on fût un peu en froid avec la tante Carlotta et la grand’maman Grisi, ma mère n’avait pas cessé de considérer la danse comme ce qu’il y avait de plus beau au monde, comme la seule carrière capable de conduire, par bonds rapides, à la fortune, et elle mûrissait, secrètement, un plan admirable : c’était de faire de nous des danseuses !

Mon père était hostile à ce projet ; mais, comme il détestait les discussions, il n’osait pas le dire franchement, répondait évasivement, gagnant du temps. On revenait à la charge : il ne fallait pas attendre, c’était dans la première jeunesse que les membres s’assouplissaient ; Carlotta était à peine plus âgée que nous quand elle avait débuté à la Scala de Milan ; ce nom illustre nous ouvrirait toutes les portes… Comment résister à tant de bonnes raisons ?…