Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/114

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mouvement ne suivit ce dernier choc. Il n’entendait plus rien. Mais il étouffait. Avec son front, sans trop d’efforts, lentement, il tâcha de soulever le couvercle de sa prison. Il obtint une petite fissure, et pour la maintenir y introduisit le manche d’un pinceau qu’il tira de sa ceinture. L’entre-bâillement laissait pénétrer un peu d’air, et, en y appliquant son œil, il pourrait peut-être voir autour de lui.

— Je tuerai le premier qui ouvrira le coffre, dit-il en posant la main sur la poignée de son sabre.

Puis il regarda où il était. Il vit une vaste salle aux murs revêtus de bois de fer découpé, au plafond pesant de dragons en relief dorés sur un fond vert émeraude, puis, dans un angle, une table aux pieds de jade vert, recouverte d’une nappe de satin jaune brodée de fleurs multicolores, et enfin, auprès d’elle, un lourd trône de bronze qui avait la forme d’un dragon cabré. La table était surchargée de porcelaines rares et de bols d’or fin ; quatre monstres d’ébène à la queue épanouie, au corps couvert de pustules de nacre, dressaient à chacun de ses angles leurs larges mufles béants, destinés à recevoir des lampes d’argent.

— Je suis dans la Salle du Repas Impérial ! s’écria intérieurement Ko-Li-Tsin. Je ne peux manquer de voir tout ce qui se passera.

Il se disposa du mieux qu’il put dans sa boite et se reprit à songer à son poème philosophique.

Tout à coup des flûtes, des pi-pas, des tam-tams éclatèrent avec joie ; le tambour bourdonna, le gong vibra violemment, et des mandarins inférieurs,