Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/115

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appuyés aux chambranles des portes, soulevèrent les lourdes draperies de brocart d’or.

Le Fils du Ciel, une main sur l’épaule d’un eunuque, s’avançait au milieu d’un brillant cortège de mandarins glorieux ; il parlait des affaires de l’empire d’une voix grave et haute. Il s’assit lentement sur son trône de bronze.

Les mandarins s’agenouillèrent et trois fois frappèrent la terre du front.

Puis on couvrit la table des mets que la loi prescrit et que la saison comporte ; car il est interdit au souverain de la Chine de manger des plantes potagères hâtives ni des fruits mûris en serre chaude.

Enfin Ko-Li-Tsin, attentif, vit entrer le Chef des Dix Mille Eunuques, suivi de Yo-Men-Li pâle, tremblante et affaissée sous le poids d’un grand Poisson Jaune.

Le chef s’avança vers l’empereur et s’agenouilla près de lui.

— Maître de la terre, dit-il, Souveraine Splendeur, Fils bien-aimé du Ciel, superbe Kang-Shi au glorieux règne ! permets à ton vil esclave de t’offrir ce poisson, que tu daignes préférer, bien qu’il soit indigne de ta divine personne.

Il prit le plat d’or des mains de Yo-Men-Li et l’éleva vers l’empereur. Alors la jeune fille, les joues empourprées, les yeux brillants de fièvre, tira du poisson un large sabre qu’on y avait enfoui comme dans un fourreau d’or, et, d’un mouvement rapide, en dirigea la pointe, qui jeta un éclair, vers la poitrine du souverain.