Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/158

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cart écarlate qui, laissant à terre un de ses bouts ployé, se lèverait comme un serpent, puis, formant un angle brusque, s’étendrait horizontalement pour redescendre bientôt, et enfin remonter en deux degrés d’escalier dont le dernier, restant suspendu, se terminait par l’enroulement de l’autre bout de la ceinture. Sur le plus haut degré était posé un vase où trempaient de larges pivoines, sur l’autre un plat chargé de fruits mûrs ; la tablette horizontale portait une pierre à broyer, un bâton d’encre, les Quatre Livres et un porte-pinceau taillé dans une pierre fine.

Yo-Men-Li regardait vaguement, sans se rendre compte de ce qu’elle voyait. L’atmosphère doucement tiède de la chambre l’engourdissait. Elle était couchée sur un lit de repos partagé en deux par une petite table à thé ; près d’elle une grande cigogne d’argent laissait pendre de son bec deux lanternes de verre dépoli. La jeune fille, toujours effrayée, considérait ce grand oiseau.

— Es-tu bien ou mal, pauvre petite ? dit une voix à ses pieds. Tu étais si froide tout à l’heure que je t’ai crue morte pour toujours.

Yo-Men-Li tressaillit et baissa la tête vers un jeune homme accroupi non loin d’elle et qui lui souriait.

— Qui es-tu ? dit-elle, tremblante.

— Est-ce que je te fais peur ? dit le jeune homme d’une voix douce. Je suis le prince Ling, quatrième fils du grand Kang-Shi, et je n’ai pas le cœur cruel.