Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/160

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— Je dois m’humilier devant l’Héritier du Ciel, dit-elle, devant le maître futur de l’Empire.

Le jeune homme s’assit sur le lit de repos, et, prenant les mains de Yo-Men-Li, il l’attira près de lui.

— Laisse-moi tenir tes petites mains et parle-moi avec ta douce voix d’oiseau. Je serai plus honoré que si tu frappais le sol de ton front.

Yo-Men-li, frémissante, n’osait pas retirer ses mains.

— Tu ne sais donc pas, adorable amie, continua le prince Ling, que si tu étais entrée ailleurs que chez moi on t’aurait emprisonnée et torturée, pour savoir ce que tu faisais la nuit dans le Palais Sacré ? Je suis bien heureux que le Pou-Sah des rencontres t’ait conduite vers moi. Dis-moi qui tu es, et je serai plus glorieux qu’un immortel.

La jeune fille essaya de se dégager.

— Grand Prince, dit-elle, je ne dois te parler qu’à genoux.

— Oh ! non, dit-il ; si tu te mettais à genoux devant moi j’aurais envie de pleurer, comme si je voyais la claire lune tombée sur la terre. Dis ton nom, je l’écouterai avec recueillement.

Yo-Men-Li était émue et confuse ; jamais on ne lui avait parlé ainsi.

— Si Ta-Kiang me disait cela, pensa-t-elle, je mourrais de délices.

L’Héritier du Ciel attendait, la regardant tendrement.

— Je suis coupable, dit Yo-Men-Li. J’ai voulu, curieuse et sacrilège, voir la Ville Mystérieuse. J’ai