Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/161

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revêtu les habits de mon jeune frère ; je me suis introduite dans le Palais à la suite d’un cortège ; mais, juste châtiment de mon crime, je me suis égarée dans la nuit effrayante.

— Chère criminelle ! dit le prince Ling, en caressant doucement le cou de Yo-Men-Li, si un autre que moi savait cela, on ferait bien mal à ce joli cou, pareil au jade laiteux ; moi, pour le punir, je vais le charger d’une lourde chaîne.

Le jeune homme retira de son cou un collier en perles de Tartarie, et le plaça sur les épaules de Yo-Men-Li. Le collier retombait trois fois vers la poitrine de l’enfant. Elle était adorable au milieu de ces fourrures éparses et de ces lueurs de perles, avec son beau visage inquiet et fier.

Le prince la regardait, stupéfait et ravi.

— Comme tu es belle ! disait-il. Je ne peux pas croire que tu sois une femme. Tu es une rou-li. Tu vas disparaître, te changer en oiseau, t’envoler et me laisser seul, pour toujours désespéré. Écoute : mon père veut que je choisisse des épouses, car j’ai dix-sept ans. Chaque matin on conduit vers moi des jeunes filles choisies parmi les plus nobles et les plus belles de l’Empire. Je les regarde avec indifférence. Mon cœur reste froid, et mon père bien-aimé me réprimande. Je n’ai jamais aimé aucune femme ; mais, ce soir, j’ai choisi mon épouse, et demain, à son réveil, mon père sera heureux.

— Non ! dit Yo-Men-Li avec terreur, non, magnanime prince, je ne puis être ton épouse : je suis fiancée depuis longtemps.