Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/178

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de misérables criminels. Tous appellent avec instance la mort, qui met un terme à tous les supplices. Affreux, sales, mangés de vermine, les uns, chargés de chaînes trop courtes qui circulent du cou aux poignets et des poignets aux pieds, peuvent à peine se tenir debout ; d’autres, blottis dans des cages étroites et boueuses, mendient avec des cris de bête sauvage un peu de nourriture ; car les aliments chétifs auxquels ils ont droit sont souvent diminués par les geôliers cupides. Plusieurs, liés ensemble en longue file par leurs mains que traverse un clou rivé, arrivent à une maigreur effrayante, et quelquefois un prisonnier, au milieu de ses compagnons, tombe mort ; il est aussitôt dévoré par les rats. Quelques-uns ont les poignets serrés dans des menottes trop petites, qui, déchirant la chair, mettent les os à nu ; et souvent leurs mains et leurs avant-bras, enflés horriblement, recouvrent les rudes bracelets et les ensevelissent sous d’affreuses boursouflures tuméfiées.

C’est dans ce lieu lugubre de supplice et de misère que les soldats lâchèrent Ko-Li-Tsin. En entrant, le délicat poète sentit son cœur se serrer de compassion et de dégoût.

— Je ne veux pas mourir ici ! s’écria-t-il.

— Tu n’y mourras pas, mais tu y vivras, dit un geôlier qui remuait des chaînes.

— Toutes choses pesées, j’aime encore mieux y mourir.

— À moins que tu n’aies de l’argent, chuchota le geôlier en le regardant à la dérobée.