Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/194

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rouge, ils tendaient l’une vers l’autre leurs larges faces épanouies, qui ont la couleur du cuir vieux ; ils plissaient leurs petits yeux obliques ; ils ouvraient à de gros rires leurs larges bouches que cernent de noires moustaches tombantes ; et derrière eux leurs nattes se traînaient comme des couleuvres. Les autres gardes, appuyés du dos aux balustrades de bambou, tenant d’une main leur pique et croisant un pied sur l’autre, regardaient les trois joueurs gras et bruyants.

— Par mon fiel de brave guerrier ! tu triches !

— Ton fiel est celui d’un lapin aux yeux rouges, si tu dis que je triche.

— D’un lapin ? femelle d’âne, ne dis-tu pas que j’ai le fiel d’un lapin ?

— Je le dis, si tu dis que je triche.

— D’un lapin ! que Koan-Ti t’extermine !

— Allons, dit un des spectateurs, qu’il boive une tasse de vin.

— Je la boirai.

— Vingt ! J’ai gagné. Donne l’argent.

— Non ; et c’est toi qui as le fiel d’un lapin, car tu as fermé le pouce.

— Que la poussière de Tartarie t’emplisse la gorge ! je n’ai pas fermé le pouce.

— Tu n’auras pas l’argent.

— Mais je te dénoncerai comme voleur, traître, homme sans rate, et je te ferai mettre à la cangue !

La querelle allait devenir vive, lorsqu’un des soldats appuyés à la balustrade leva la tête et dit :