Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/203

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faisant onduler son corps, et en s’étirant doucement comme lasse et ensommeillée. Ses yeux lourds, chargés de langueur, brillaient paresseusement entre ses grands cils : sa bouche mignonne se gonflait parfois d’une petite moue mutine qui s’affaissait bientôt dans un sourire ; souvent elle balançait la tête avec lenteur, faisant trembler les fleurs et les pierreries posées dans ses cheveux ; et nulle musique n’était plus douce que le si-so-si-so de sa double robe de satin brodée de perles.

Elle déshabilla Ko-Li-Tsin, avec mille minauderies tendres, et lui fit revêtir des robes parfumées et tièdes.

— Maintenant, viens, dit-elle en le tirant par sa manche, viens te reposer sur ces coussins de soie rose gonflés de plumes d’orfraie. Je te chanterai une chanson bien rythmée pour rendre le calme à ton esprit.

— Que parles-tu de me rendre le calme ? dit Ko-Li-Tsin en riant. Chacun de tes mouvements me retourne le foie ; quand tu me chanteras ta chanson, il sortira certainement de ma poitrine.

— Tu ne veux pas que je chante ? dit-elle, en faisant la moue. Alors je vais rejoindre le seigneur Lou.

— Oh ! non ! dit Ko-Li-Tsin, mon ami rit et fume avec tes compagnes ; reste près de moi, et chante pour me réjouir.

Le poète s’étendit sur les coussins, pendant que la jeune femme allait vers le mur pour y prendre son pi-pa. Elle feignit d’abord de ne pouvoir l’at-