Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/205

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— Eh bien ! dit-il en lui caressant les cheveux, tu ne continues pas ?

— Non, dit-elle, secouant la tête, je ne veux pas.

Elle jeta par terre sa guitare et fit semblant de pleurer.

Le poète l’attira dans ses bras et l’embrassa pour la consoler.

— Ai-yo, ai-yo ! dit-il, j’aime la belle fille tout entière.

Le seigneur Lou reparut dans sa chambre.

— Eh bien ! noble poète, t’es-tu assez reposé, et te plaît-il de venir boire et causer en ma compagnie ?

— Je suis, dit Ko-Li-Tsin en se levant, plus frais et plus dispos que je ne l’ai jamais été. Bonsoir, douce sarcelle, ajouta-t-il en saluant la jeune femme ; j’espère te revoir souvent.

Puis il monta avec Lou sur la terrasse pleine de buveurs et de fumeurs. Ils s’établirent en face l’un de l’autre.

— Que le Pou-Sah du souvenir vienne à mon aide, pensa Ko-Li-Tsin en regardant pour la première fois son ami bien en face. Il me semble que j’ai déjà rencontré ce bienfaisant seigneur, qui tire les gens du lac, les fait somptueusement vêtir par de belles jeunes filles et leur offre des tasses de tiède vin de riz.

En ce moment aussi le seigneur Lou paraissait observer le faux Chen-Ton avec une sorte de curiosité inquiète.

— Ne m’accorderas-tu pas la confiance de me raconter ton histoire ? demanda-t-il dès qu’un jeune