Page:Gautier - Le Dragon Impérial, Armand Colin et Cie, 1893.djvu/206

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garçon eut déposé devant eux un grand bol plein de vin et deux tasses.

— Eh quoi ! ne l’ai-je point fait déjà ? dit Ko-Li-Tsin, embarrassé.

— Non. Par suite de quelles circonstances étais-tu dans le lac ?

— Voici. Je suis revenu d’un long voyage.

— Ah ! ah ! Où étais-tu allé ?

— À Kai-Fon-Fou. J’ai des parents dans le Ho-Nan. Ce soir, pour me divertir, pour comparer la lune à son reflet dans l’eau, j’ai détaché mon petit bateau, du saule qui le cache aux regards curieux ; mais pendant mon absence mon bateau avait sans doute reçu une blessure. Il sombra, et j’allais me noyer, quand tu m’es apparu. À ton tour, noble seigneur, parle-moi de ta personne vénérable. Quelle est ta glorieuse profession ?

— Mon père m’a laissé une fortune qui me suffit, dit Lou. Je ne suis encore que Tiu-jen, mais j’espère conquérir bientôt des grades plus élevés dans la littérature et dans les sciences.

Ko-Li-Tsin battit des mains.

— Tu es poète aussi ! s’écria-t-il. Que le Bouddha des rencontres soit loué !


Comme une épouse infidèle ouvre l’oreille aux paroles d’un riche marchand, qui lui offre des perles de Tartarie dans une coupe de jade vert ;

Ainsi ma jonque a laissé pénétrer en elle l’eau dangereuse du lac jaloux.